Autisme et communication : portrait de Nathalie, orthophoniste

Cette semaine nous avons rencontré Nathalie DUA, orthophoniste en IME (Institut Médico-Educatif) et en structure hospitalière. Elle nous raconte son quotidien professionnel et nous partage son expérience autour de l’autisme.

En quoi consiste ton métier d’orthophoniste ?

Les orthophonistes travaillent auprès des personnes ayant des troubles de communication, du langage écrit ou oral, de déglutitions et tout ce qui touche au domaine du logicomathématique*. L’orthophonie englobe donc un champ très large d’interventions. Les orthophonistes ne se spécialisent pas dans un domaine spécifique. En libéral, ils peuvent suivre des formations complémentaires dans des champs d’interventions précis tel que l’autisme mais doivent être en capacité de prendre en charge tous les publics. L’orthophoniste adapte sa manière de travailler en fonction des capacités et des besoins de chaque personne.

* logicomathématique : Qui relève à la fois de la logique et des mathématiques.

Nathalie a choisi de devenir experte des troubles de communication et du langage (
articulation, vocabulaire et construction de phrases en expression et compréhension ). Après avoir exercé plusieurs années en libéral, elle choisit d’intervenir en établissement afin de pouvoir cibler un public plus spécifique.

Aujourd’hui, Nathalie travaille trois jours par semaine au sein d’une structure médico-sociale où elle prend en charge des jeunes entre 8 et 20 ans ayant des troubles du spectre autistique ou une déficience intellectuelle. Le reste de la semaine, elle travaille au sein d’une structure hospitalière, ici, elle n’effectue pas de prise en charge de personnes avec autisme mais informe et renseigne les parents et professionnels après le diagnostic. Elle met aussi en place des formations ouvertes aux professionnels et parents sur des thématiques telles que : “Initiation à la communication visualisée”, “Entraînement aux habiletés sociales” ou encore “Trouble du spectre autistique (TSA) et comportements-défis”.

L’organisation des séances d’orthophonie de Nathalie pour allier autisme et apprentissage, autisme et communication

Lors de la première rencontre avec ses patients, Nathalie établie un bilan sur le comportement et les modes de fonctionnement de la personne afin de connaître les objectifs à atteindre. Si le bilan est déjà réalisé par précédent professionnel, Nathalie effectue uniquement une évaluation. Puis, elle détermine les objectifs et les axes de travail avec les parents.

Nathalie réalise des séances individuelles pour les plus jeunes, et collectives pour les plus grands. La séance dure généralement 40 minutes : 30 minutes de travail intense avec les personnes pour finir par 10 minutes d’activités ludiques. Elle voit chaque jeune 1 à 2 fois par semaine. «Le but est que le cerveau se réhabitue à une nouvelle manière de fonctionner. Il est beaucoup sollicité pendant 30 minutes pour créer des nouveaux circuits et nouveaux apprentissages, les 10 minutes sont nécessaires pour finir les séances. »

En ce qui concerne les séances collectives avec les plus grands ; ils sont généralement par groupe de 3 avec plusieurs professionnels. C’est plus motivant de travailler à plusieurs, de plus cela leur permet de ne pas se lasser des séances d’orthophonie. Chaque séance, un thème différent est travaillé.

« Il faut aussi accepter que c’est le fonctionnement de la personne. » Une personne TSA peut être suivi tout au long de sa vie mais pas forcément par un/une orthophoniste notamment lorsque les objectifs sont atteints. Le suivi plus ou moins long va dépendre des capacités cognitives et intellectuelles de la personne.

Nathalie s’épanouit dans son métier, elle apprécie particulièrement la prise en charge avec les jeunes et le travail  d’équipe avec les autres professionnels qui leur permet d’échanger et de suivre ensemble l’évolution des personnes.


« J’aime les moments de partage avec les jeunes, c’est un moment privilégié que j’ai avec eux. »

Nathalie, orthophoniste

Nathalie a toujours fait en sorte que chacun passe un bon moment durant les séances. Il faut que ces moments soient agréables pour travailler sans s’en rendre compte, aussi bien du côté du professionnel que de la personne TSA.
Ce côté “plaisir” est un excellent moyen de concilier autisme et apprentissage et d’allier autisme et communication.

Comment trouver le/la bon/ne orthophoniste, avec le bon matériel pédagogique autisme ?

Aujourd’hui il est de plus en plus difficile d’obtenir un rendez-vous avec un orthophoniste. En effet, « notre profession est plus connue qu’à l’époque, cela s’est beaucoup développé. »

Mais comment les parents peuvent choisir l’orthophoniste qui leur correspondra le plus, avec un matériel pédagogique autisme adapté ?
En ce qui concerne l’autisme, les familles peuvent se renseigner auprès du CRA (Centre Ressource Autisme) afin de bénéficier des conseils des orthophonistes qui s’y trouvent. Mais elle sait qu’il est difficile d’avoir des rendez-vous rapidement.

« Je connais des familles qui ont contacté plus de 20 orthophonistes et attendent encore sur liste d’attente. À Clermont-Ferrand, nous avons 1 an/1 an et demi de délai sur liste d’attente. […]

On est dans une période de pénurie des orthophonistes. De plus en plus de personnes ont besoin de voir un orthophoniste. Même pour les personnes plus âgées ayant fait un AVC, il est dur de trouver un rendez-vous. Il y a 15 ans la prise de rendez vous était bien plus rapide. » En effet aujourd’hui l’orthophoniste s’occupe plus seulement de la prise en charge des jeunes mais aussi des plus âgées.
De plus il n’y a qu’un peu plus d’une dizaine d’école d’orthophonistes en France.

Pictogramme autisme : l’utilisation de la communication visualisée en orthophonie

Nathalie se sert d’images et de jeux pour travailler avec les jeunes qu’elle encadre. Elle prépare des mises en situation où ils doivent utiliser leur langage (verbal ou non verbal).

  • Son objectif est de co-construire et non pas leur dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire. « On part d’abord de ce qu’il sait faire que ce soit verbal ou non verbal. S’il est non verbal, on va travailler avec ce qui est le plus arrangeant  c’est-à-dire l’image ou plutôt le pictogramme autisme. S’il est verbal, on va plus travailler sur le développement du langage et l’apprentissage de vocabulaire. »


De plus, elle préfère faire et utiliser des consignes en visuel afin qu’ils comprennent mieux les activités. Il faut savoir qu’une personne avec autisme n’arrive pas à utiliser tous les canaux sensoriels (vue, ouïe, toucher, goût, odorat). C’est pourquoi la plupart d’entre eux ne vont pas regarder dans les yeux lorsqu’ils parlent ou écoutent car ils privilégient l’auditif.

De plus, l’information auditive nécessite d’être mémorisée par le récepteur pour pouvoir l’interpréter et la comprendre.

Tandis qu’une image va rester dans le temps ;  il est possible de revoir l’information et celle-ci n’aura pas changé. En ce qui concerne la photo, celle-ci n’est pas simple à comprendre.  Une photo a trop de détails. En revanche il ne faut pas être trop abstrait sinon l’information pourra être interprétée de différentes façons. Le but est d’être simple mais clair.»

L’image est un support qui perdure et qui permet d’avoir une meilleure compréhension même si la personne est verbale. C’est pourquoi le concept du pictogramme pour communiquer est très intéressant dans le cadre de l’autisme.


« Réfléchir en visuel nous oblige à être super clair et donc bien mieux compris. »

Nathalie, orthophoniste

Elle a notamment à sa disposition un planning visuel autisme, en images, afin d’illustrer le déroulé de la séance, cela permet de créer un repère.

La communication visualisée, telle que le pictogramme pour communiquer, est nécessaire pour être bien compris et s’exprimer plus facilement. Aujourd’hui la plupart des parents ont intégré ce concept. Selon Nathalie, « il est important que les personnes avec autisme retrouvent les mêmes outils et formes de communication en centre et à la maison. Mais aussi entre chaque établissement (de la prise en charge enfant à l’adulte) pour créer des repères. »

Il y a autant de formes d’autisme que de personnes avec autisme. C’est pourquoi chaque prise en charge  est différente car chaque personne TSA ne fonctionne pas de la même manière.

Rédigé par Chloé Jarousse